09-21 SESSION 1 SITES DU PATRIMOINE: VALEURS IMMATÉRIELLES (HERITGE SITES: INTANGIBLE VALUES)

MARDI, SEPTEMBRE 21, 2021, 15:00-17:00 UTC
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Language: French

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Les valeurs reconnues des sites culturels et naturels du patrimoine mondial sont principalement matérielles. Elles se rapportent aux attributs physiques identifiés par les chercheurs et les experts au cours du processus de proposition d’inscription et reflétés dans la Déclaration de Valeur universelle exceptionnelle. Ces valeurs peuvent être un site archéologique, le tissu d’une ville historique, l’architecture d’un monument, les caractéristiques géologiques d’une montagne ou la diversité biologique d’une forêt ou d’un site côtier. Ainsi, les informations véhiculées par le site qui justifient les critères d’inscription reposent principalement sur ces attributs tangibles. 
Une proportion d’un tiers des sites inscrits sur le Liste du patrimoine mondial sont directement ou matériellement associés « à des évènements ou à des traditions vivantes, à des idées ou à des croyances, à des œuvres artistiques et littéraires d’une importance universelle exceptionnelle » (critère vi).
Néanmoins, les processus par lesquels les « valeurs immatérielles » d’association sont identifiées, sélectionnées et formulées peuvent être influencés ou orientés politiquement. Etant donné que la création du patrimoine s’incarne dans des processus sociaux, les valeurs peuvent être diverses et même dissonantes. Certaines de ces valeurs sont réduites au silence et ne contribuent pas à l’interprétation du site car elles ne sont pas jugées « d’importance universelle ». De plus, les valeurs évoluent dans le temps : certaines peuvent augmenter et d’autres diminuer à différents moments de la vie d’un site patrimonial. Le présent sous-thème sur les « valeurs immatérielles » vise à discuter de l’importance de cet ensemble de valeurs « invisibles » pour la compréhension des sites du patrimoine. Il sollicite la participation de divers acteurs, y compris les jeunes, pour une interprétation plus inclusive des sites.

Modérateur
Ahmed Skounti, Professeur, Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (INSAP), Maroc.
Loubna Tahiri, Étudiante en doctorat, Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (INSAP), Maroc.

PROGRAMME & PRÉSENTATEUR

1. De site naturel à un paysage culturel : Cas du paysage culturel du lac Tchad (site transfrontalier partagé entre le Cameroun, le Niger, le Nigéria et le Tchad) par Alice Biada

Berceau d’une civilisation millénaire, le bassin du lac Tchad est un élément fédérateur des communautés d’Afrique du Nord et de celles du Sud du Sahara. Il est source de vie pour plus de 45 millions de populations et font ignorer. Depuis quatre décennies, le site fait face à des changements sans précédent qui pèsent sur ses ressources naturelle set culturelles. Ayant pris la mesure des enjeux, les pays concernés ont soumis ce site pour inscription sur la Liste du patrimoine mondial. Figurant au départ comme un site naturel sur les listes indicatives, ses valeurs culturelles, y compris immatérielles, sont plus reconnues.

Alice Biada a été chef de service du patrimoine culturel immobilier et sous-directeur du patrimoine culturel matériel à la Direction du Patrimoine Culturel du Cameroun. Elle a été chargée de la mise en œuvre de quatre Conventions culturelles de l’UNESCO, notamment celles de 1954, de 2001, de 1970 et de 1972.

2. Des valeurs matérielles et immatérielles des sites : l’exemple de la Ville de Québec, Canada par Laurier Turgeon

A partir du site du patrimoine mondial de la ville de Québec, nous partons de l’hypothèse que les sites représentent à des degrés variables des éléments matériels (paysages, bâtiments, monuments, objets) et immatériels (mémoires, récits oraux, rituels, festivals, savoir-faire, valeurs, odeurs), physiques et spirituels, qui donnent du sens, de la valeur, de l’émotion et du mystère au lieu. Plutôt que de séparer l’immatériel du matériel, et de les mettre en opposition, nous voulons explorer les différentes manières dont les deux sont unis dans une étroite interaction. Envisagé dans sa dynamique relationnelle, le site prend ainsi un caractère pluriel et polyvalent, et peut posséder plusieurs significations et singularités, changer de sens avec le temps et être partagé par plusieurs groupes. Cette approche, qui incite à nous interroger sur le concept recteur de « valeur universelle exceptionnelle », est plus dynamique et mieux adaptée à un monde globalisé, caractérisé de plus en plus par les migrations transnationales, les populations relocalisées, les contacts interculturels, les sociétés multiculturelles et les appartenances multiples.

Laurier Turgeon est professeur titulaire en ethnologie et en histoire au département des sciences historiques de l’Université Laval. Il dirige le Laboratoire d’enquête ethnologique et multimédia (LEEM) depuis 2004 et vient d’être nommé directeur de l’Institut du patrimoine culturel de l’Université Laval (2021-25). Il a été titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine culturel immatériel de 2003 à 2017. Il a publié une dizaine de livres, une quarantaine d’articles, une quarantaine de chapitres de livres et articles dans des ouvrages collectifs et réalisé une vingtaine de projets de recherche-création en patrimoine immatériel. Il dirige actuellement une encyclopédie multimédia en ligne, l’Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française (www.ameriquefrancaise.org) qui a obtenu le Prix Coup-de-Cœur pour la qualité de son site Web de l’Office québécois de la langue française.

3. Pays Bassari : quand l’immatériel s’affirme comme le socle du paysage culturel par Abdoul Aziz Guissé

Les paysages culturels Bassari, Peul et Bedik sont caractérisés par une relation fusionnelle entre l’Homme et la Nature. En effet, les communautés vivant dans ces trois aires culturelles offrent un témoignage exceptionnel de l’interaction dans leurs pratiques agro-pastorales, sociales, rituelles et spirituelles dans un environnement hostile. Les croyances et pratiques, les savoirs liés à la nature, les savoir-faire dans le domaine de l’architecture, des activités agro-pastorales et de l’artisanat utilitaire ont permis à ces minorités ethniques de survivre dans des établissements humains de refuge perchés en altitude durant des siècles. Aujourd’hui, l’occupation fonctionnelle de l’espace entre les villages historiques et les nouvelles zones d’agriculture et d’élevage de subsistance sur les plaines alluviales au bas des collines donne à ces paysages culturelles ce caractère spécifique d’une symbiose réussie entre l’immatériel et le matériel.

Abdoul Aziz Guissé, Directeur du Patrimoine Culturel du Sénégal, est activement impliqué dans la mise en œuvre de la Convention du patrimoine mondial (1972) ainsi que de la Convention du patrimoine culturel immatériel (2003). Il a été membre Coordination pédagogique des cours francophones de formation pour l’inscription des biens au patrimoine mondial de 2007 à 2013 (Bénin, Rwanda, Congo, Côte d’Ivoire etc.). Il a été coordinateur et superviseur du projet de pré-inventaire et d’inventaire national du PCI au Sénégal (2016-2019). Il a été désigné, depuis juin 2021, membre du Conseil consultatif scientifique et technique du patrimoine culturel subaquatique.

4. Le patrimoine culturel immobilier, ce n’est pas que de la pierre! par Mustapha Khanoussi

Bien que figurant en filigrane dans le texte de la Convention du patrimoine mondial culturel et naturel et retenues comme l’un des dix critères adoptés dans les Orientations pour justifier l’inscription, et plus de 25 ans après la Conférence de Nara sur l’Authenticité, les valeurs immatérielles potentielles des sites du patrimoine mondial ont été souvent négligées lors de la préparation des dossiers de proposition d’inscription sur la Liste et occultées dans la rédaction des déclarations de Valeur Universelle Exceptionnelle des biens. Les exemples de cette faible prise en compte sont nombreux. Il serait donc vivement souhaitable de recommander qu’à l’avenir une meilleure prise en compte de ces valeurs soit assurée dans les dossiers des nouvelles propositions d’inscription et de proposer leur prise en compte rétrospective pour les biens déjà inscrits. Le 50e anniversaire de la Convention qui sera célébré en 2022 présente une excellente occasion pour ce faire.

Mustapha Khanoussi, Directeur de recherches, Professeur et ancien conservateur en chef des sites du patrimoine mondial de Carthage et de Dougga en Tunisie, est expert en patrimoine mondial culturel. Il a été président du Comité national tunisien d’ICOMOS, membre expert du Comité international de la gestion du patrimoine archéologique (ICOMOS-ICAHM) et membre du groupe de travail d’ICAHM Africa Initiative.

5. Médina de Fès, site du patrimoine mondial : les artisans du renouveau par Naima Lahbil Tagemouati

L’approche en termes de différences, aboutit paradoxalement à gommer, en partie, le premier terme de la comparaison. Ainsi, lorsque je compare A et B, j’oublie les spécificités de A, et le travail consiste à relever ce qu’il lui manque pour devenir semblable à B.  Cette démarche, appliquée le plus souvent à l’artisan, produit la liste de ses lacunes pour devenir un entrepreneur archétypal. Mais qu’avons-nous appris sur l’artisan? Que savons-nous de lui hormis ce qui lui manque? Rien ou si peu. Rien ou si peu de sa spécificité, de son système de valeurs et d’attitudes par rapport au monde. Dans cette intervention portant sur la médina de Fès, j’attire l’attention sur ces valeurs immatérielles, insuffisamment prises en compte, sur la dialectique entre l’espace médinal et les acteurs du monde artisanal. Je plaide pour une forme de compagnonnage entre chercheurs et artisans, pour une connaissance per se, débarrassée du miroir déformant de la comparaison.

Naima Lahbil Tagemouati a été professeur d’économie à la faculté de Sciences Economiques, Juridiques et Sociales de l’Université de Fès. Elle a dirigé la Fondation Esprit de Fès et le Festival des Musiques Sacrées du Monde en 2006-2007. Elle est actuellement consultante indépendante et romancière. Elle travaille essentiellement sur la culture comme outil de développement, la réhabilitation des sites historiques, et la problématique de l’habitat (bidonvilles). Elle est présidente de l’association des centres culturels américains au Maroc, et membre du conseil d’administration du Fonds International pour la Promotion de la Culture de l’UNESCO. Elle a publié des articles, des essais, des romans et des nouvelles.